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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 09:57

 

L'école va-t-elle permettre un jour d'apprendre ou d'enseigner dans le plaisir et l'envie?  Cet objectif, cher à Coménius (XVIIème siecle), est loin d'être atteint. Les réformes successives loin de traiter les causes des dysfonctionnements observés, comme la difficulte d'apprendre pour certains ou la fatique et la démotivation parfois des enseignants, ne font que mettre des pansements sur un objet malade sans traiter la cause des symptômes.

La réalité est inquiétante. En se positionnant par rapport aux jeunes, nous constatons que trop souvent les élèves sont agités, impulsifs, peu concentrés, démotivés, voire même en refus scolaire. Pourquoi certains enfants et adolescents expriment ces comportements-là?


Quels conflits vivent-ils pour en être là?

N’avons-nous pas oublié qu’avant d’être des « êtres sociaux » ils sont avant tout des « êtres biologiques et psychologiques » ? Pourquoi le courant philosophique du socio-constructivisme a-t–il conduit à gommer de façon criminelle la réalité complexe de l’enfant élève ?

L’ergonomie, science humaine, appliquée au monde scolaire, impose la prise en compte de l’élève dans toutes ses réalités. Elle propose  une démarche « a priori » qui demande aux  décideurs de résoudre la question suivante quand un changement est programmé comme, par exemple, l’aménagement des temps ou celui des pédagogies : ce changement va-t-il permettre à chaque élève de se rapprocher de la situation d’apprentissage idéale c'est-à-dire qu’il va pouvoir désormais satisfaire, encore mieux qu’avant, ses besoins fondamentaux ?

Encore faut-il avoir bien conscience des besoins que tout jeune doit devoir satisfaire pour avoir un développement le plus harmonieux possible.  Encore faut-il que chacun ait bien compris que la seule chose qui soit généralisable à toutes les situations scolaires ce n’est évidemment pas des solutions ponctuelles, ou décrétées au niveau national, dans le cadre de choix techniques ou organisationnels,  mais ce sont les connaissances sur les besoins fondamentaux des élèves. En effet,  un aménagement efficace à un endroit peut s’avérer dangereux ailleurs car, par exemple, ici il y a des contraintes de ramassage scolaire alors qu’ailleurs elles n’existent pas.

Encore faut-il comprendre que ce but ne sera atteint que si tous les adultes se mobilisent dans ce sens : psychologues et personnels de santé, parents, enseignants, chefs d’établissement, personnels des collectivités territoriales, acteurs du monde associatif, etc. L’école est l’affaire de tous, non pour être le lieu d’enjeux contradictoires, mais pour faire des choix au service de la réussite de tous. Le seul enjeu devrait être de permettre aux élèves d’être sur le chemin d’une vie d’adulte la plus en adéquation possible avec leurs projets. Et laissons de côté les égoïsmes parentaux ou autres, voire les habitudes sclérosantes! car être élève c'est un vrai travail et il faut être conscient que ce sont les exigences d'efficacité dans ce travail d'apprendre qui doivent guider les choix et non autres enjeux institutionnels, familiaux, idéologiques ou politiques.


Que sont donc les besoins que tout jeune doit pouvoir satisfaire pour mener à bien son travail scolaire ?

Dormir la nuit, avoir des vrais pauses pendant la journée (et non uniquement des récréations qui l’amènent  à être encore plus énervé quand il revient en classe), avoir pris son petit déjeuner -avant d’entrer en classe ou en cours- le matin, avoir le temps de prendre son repas dans le silence aux environs de midi pour tous, des plus petits en école maternelle jusqu’aux plus grands au lycée, pouvoir être en comportement de sommeil en milieu de journée pour tous ceux qui ont encore besoin de sieste et enfin avoir pendant sa journée des temps personnels pour ne rien faire, rêver, construire son imaginaire.

En bref si ces premiers besoins biologiques ne sont pas satisfaits inutiles d’inventer de nouveaux supports didactiques comme les tablettes et les tableaux blancs interactifs, l’élève n’est pas en état de travailler.

 De plus pour que l’élève apprenne il faut qu’il comprenne les exigences des mémoires humaines. Le cerveau pour apprendre a les mêmes exigences pour tous. La grande différence certes est que chacun a construit des mémoires différentes ce qui explique que dans une situation identique chacun aura une réaction différente. Tous les élèves devraient un jour avoir compris la nécessité de:

- rester toujours confiant dans sa réussite scolaire,

 -donner du sens donc comprendre c'est-à-dire :

 -faire des liens avec les connaissances antérieures,

 -savoir alimenter sa mémoire de travail,

 -savoir rester concentré sur sa tâche,

 -comprendre comment les mémoires se construisent pour mettre en place les stratégies  d’apprentissage efficaces. Car « Apprendre à apprendre » ce n’est pas uniquement savoir chercher l’information dans les multiples supports informationnels – y compris les adultes ou autres personnes ressources - vers lesquels l’élève peut se tourner. Apprendre à apprendre,  c’est avant tout se connaître soi-même,  comprendre ses limites et ajuster ses pratiques et choix de vie et de travail en fonction de l’ambition d’apprentissage.

  Je redis mon inquiétude actuelle : "le socle commun de connaissances, compétences et culture" (voir MEN) évoque toutes les compétences que tout élève en fin de scolarité obligatoire devrait maîtriser. La lecture de ce texte est des plus inquiétantes car il semble reduire le "apprendre à apprendre" à la capacité du sujet à savoir trouver les bonnes informations aux bons endroits, à savoir utiliser les supports informationnels actuels et à savoir aller vers ceux qui auraient la connaissance pour l'aider à faire. Rien avoir avec apprendre à se connaître, à identifier ses besoins pour ajuster ses choix de vie à l'aune de l'ambition de réussir, comprendre les exigences des mémoires humaines pour comprendre et apprendre. Enfin, c'est là que l'élève pourrait élaborer des compétences indispensables à son épanouissement et à l'apprentissage facilité des savoirs savanrts scolaires !

Dans les réflexions nationales institutionnelles actuelles, la ligne de pensée semble rester toujours la même celle - celle si à la mode depuis le milieu du siècle dernier - qui reduit l'élève a un être social et oublie qu'il doit d'abord se connaître biologiquement et psychologiquement pour construire les bons outils pour grandir heureux vers le monde des adultes.

 

 Pour quels projets ?

Alors que doivent faire tous les adultes qui accompagnent l’enfant, l’adolescent, le jeune dans son long parcours scolaire ?

  • Faire en sorte que ses besoins biologiques premiers (sommeil, repos, alimentation et temps personnels) soient satisfaits.
  • Lui permettre de se sentir confiant dans ses capacités à réussir.
  • Toujours lui répéter que ne pas savoir c’est normal quand il est en train d’apprendre.
  • Ne pas porter un diagnostic public sur ses  difficultés.
  • Inventer des modalités d’évaluation qui lui permettent de suivre ses progressions.
  • Privilégier des pratiques pédagogiques qui le confortent dans sa capacité à apprendre.
  • Lui donner des outils pour apprendre
  • Arrêter de médicaliser dès qu’il est en difficulté pour apprendre (ne pas confondre avec les troubles neurobiologiques avérés).
  • Penser ses conditions de vie et de travail dans les établissements scolaires.
  • Pendant les temps périscolaires, lui permettre d’avoir des moments non contraints, lui donner des espaces pour des activités adaptées à ses  envies et besoins.
  • Construire une cohérence entre les objectifs des temps scolaires et ceux des temps périscolaires.
  • Ne jamais oublier que les temps périscolaires sont là pour aider le jeune à être un élève efficace après… 
  • Et enfin et avant tout, former les parents à être parents d’élèves,  leur permettre de comprendre les besoins fondamentaux de leurs enfants  afin qu’ils puissent faire des choix qui leur assurent d’être dans les meilleures conditions possibles pour faire ce travail si exigeant qui est d’être élève.

 

 

En conclusion, de nombreuses pistes s’offrent à l’ensemble des adultes qui accompagnent les jeunes dans leur travail scolaire. Mais aborder de manière framentée l'aménagement des temps, celui des programmes, ou autre élément des conditions de vie et de travail des élèves ne permet pas une prise en compte de la globalité des contraintes vécues par les élèves. 0ù est alors l'équilibre - objet même du travail de l'ergonome - dans lequel l'élève doit être pour être efficace dans son travail?

C'est la cacophonie!!

Utopie que de penser qu’un jour l’Ecole soit le lieu de l’égalité des chances pour tous, cependant il est temps d’admettre que si les conditions de vie et de travail des élèves ne sont pas comprises comme un des premiers déterminants de l’efficacité de l’école,  toutes les initiatives heureuses pourraient être contrariées.

Pour un meilleur équilibre des conditions de vie et de travail de nos élèves afin d’améliorer la santé (Cf. OMS) de tous et de l’École en particulier.

 

Bibliographie

Delvolvé N., Mon enfant cet élève, le guide pour tous les parents, Milan, 2004

Delvolvé N., Tous les élèves peuvent apprendre, Ed. Hachette Education, 2005

Delvolvé N., L’ergonomie au secours des élèves, Ed. De Boeck, 2010

              

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Published by reussite-pour-tous.over-blog.fr - dans Refondation Evolution Ecole
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Présentation

  • : Nicole Delvolve
  • Nicole Delvolve
  • : Nicole Delvolvé était enseignant chercheur à l'Université de Toulouse.Ell e est spécialiste en ergonomie et participe à l'aménagement des meilleures conditions de travail possible dans les établissements scolaires pour la réussite de tous.nicole.delvolve@orange.fr
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