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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 19:57

Dans les directives nationales du ministère de l'Education Nationale,  la bienveillance s’inscrit dans les relations établies entre les enseignants ou adultes et les enfants élèves; Les termes qui reviennent le plus souvent sont :confiance; empathie, sollicitude, autorité ou posture  positive à l'égard de l'élève. La réussite de tous les élèves semblerait être liée à un nouveau regard porté par l'adulte et en particulier l'enseignant sur l'élève. Certes il est bien démontré que l'émotion positive face à l'apprentissage est une des conditions pour pouvoir apprendre. mais suffit-il de ne pas avoir peur, d'être en confiance pour réussir?

Pensez-vous que si l'enfant n'a pas dormi la nuit précédente, il pourra mobiliser son attention pour réaliser la tâche demandée?

Pensez-vous que si l'enfant ne fait pas la sieste alors qu'il en a encore besoin pour construire pendant son sommeil diurne les clefs indispensables pour son développement intellectuel et plysique, il ne sera pas le premier victime d'une école violente à son égard?

Pensez-vous que si le jeune est resté sur sa tablette toute la nuit, il aura rangé dans sa tête les savoirs supposés acquis lors des séances de cours précédentes?

Pensez-vous que s'il n'a rien mangé depuis la veille, à 11heures il peut avoir encore des ressources pour faire son travail d'élève?

L’ergonomie appliquée au monde scolaire versus élève affirme que ce qui est généralisable à toutes les situations d’apprentissage scolaire ce sont les connaissances sur les besoins fondamentaux des élèves.

Tout changement devrait améliorer le respect de leurs besoins fondamentaux et par là même, améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants et de tous les adultes œuvrant dans l’établissement.

 Quand l'enfant, le jeune, l'adolescent est dans une situation d'équilibre au sens ergonomique du terme alors le climat scolaire est apaisé et l'école - maternelle et au-delà  jusqu’au lycée- devient plus bienveillante : cadre de travail indispensable à l'épanouissement de chacun, à la réussite des élèves et à de meilleures conditions de vie et de travail de tous les adultes oeuvrant dans les établissements scolaires.. 

 

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 20:40

Trois axes seront développés sous cet intitulé :

  • Les espaces, temps et contenus récréatifs, le point de vue de l’ergonomie
  • Un exemple de mise en place d’un PEDT dans une communauté de communes
  • Existe-t-il un modèle ailleurs qui mériterait d’être copié ? la réponse de l’ergonomie.

En préambule il convient de préciser que les problématiques annoncées vont être abordées dans le cadre de l’approche ergonomique des situations de vie et de travail des jeunes scolarisés. Elles interrogent à la fois les choix au niveau des espaces mais aussi des moments et durées et évidemment aussi au niveau du contenu des activités qui sont proposées aux enfants et adolescents dans le cadre de leurs journées au sein des établissements scolaires.

  • Les espaces, temps et contenus récréatifs, le point de vue de l’ergonomie

Commençons par une courte définition de l’ergonomie : L’ergonomie, spécialité de la psychologie, propose une approche globale des conditions de vie et d’apprentissages supportées par les jeunes, approche globale dans laquelle elle essaie d’identifier les facteurs perturbateurs de l’équilibre dans lequel le jeune doit être afin qu’il comprenne et apprenne le monde qui l’entoure.

L’ergonomie, science de cet équilibre si difficile à trouver car très instable, entre l’individu et son milieu.

L’ergonomie, science du compromis, qui tente de comprendre sur quels éléments il est possible d’agir pour que le jeune soit en équilibre dans son monde scolaire et de vie afin qu’il ait un développement le plus harmonieux possible.

Et devant les conditions de vie et en particulier les conditions d’apprentissages scolaires élaborés sur d’autres enjeux que le respect des besoins fondamentaux des élèves, il est normal qu’ils expriment énervement, lassitude, difficultés attentionnelles, voire rejet scolaire.

Cependant grâce à des initiatives locales, dans l’élaboration des choix de vie et de travail en concertation entre tous les adultes qui accompagnent le jeune, il semble possible de prévenir ces comportements perturbateurs…..encore faut-il que chacun comprenne que c’est sur la base d’une culture commune sur les besoins des jeunes que les adultes leur offriront un cadre de vie qui leur permettra d’être éduquer et instruit, objectif qui justifie la complémentarité entre temps scolaires, périscolaires et extrascolaires.

Qui est ce jeune ? Qu’est-ce que le cadre de vie et de travail doit lui apporter pour qu’il aille vers sa vie d’adulte en ayant toutes les clefs pour la réussir à l’aune de ses ambitions ?

La réponse est évidente : il faut que le jeune puisse avoir une qualité de vie personnelle adaptée aux exigences de son travail, qu’il ait une représentation toujours positive de ses capacités à réussir, qu’il comprenne où il va et pourquoi et enfin qu’on lui ait donné des outils pour apprendre. Et les temps, les espaces, les contenus d’activités périscolaires dits éducatifs doivent avoir l’ambition de se situer dans ce projet global au service des jeunes.

Intéressons-nous maintenant aux temps dits récréatifs. Qui sont-ils et qu’elle en est la finalité ?

L'accueil le matin avant le temps scolaire pour se préparer à être élève : finir sa nuit de sommeil pour les plus jeunes, prendre sa collation du matin pour tous ceux qui ne l'ont pas eue à la maison, avancer son travail scolaire pour ceux qui le demandent, ne rien faire ou s'engager dans des jeux ni bruyants ni énervants..

La récréation du milieu de la matinée et de l'après midi pour reconstituer des ressources pour continuer sa journée de travail.

La pause méridienne pour manger, se reposer,avoir du temps personnel et des activités qui préserveront ses ressources pour l'après midi

L'accueil de fin des temps scolaires pour finir sa journée de travail et s'investir dans des activités de plaisir.

Tous ces moments périscolaires et scolaires pendant une journée de classe doivent offrir aux jeunes des réalités de lieux, d’espaces, de contenus, de durées, d’exigences tant motrices qu’attentionnelles et cognitives, en accord avec les autres temps, c'est-à-dire faciliter, aider, accompagner leur travail scolaire.

Construire les temps périscolaires en comprenant qu’ils sont là pour aider le jeune à faire son métier d’élève est une nécessité, affirmation qui justifie même leur présence dans la journée de l’enfant et/ou de l’adolescent. Cet objectif ne sera atteint que si les acteurs des temps périscolaires et ceux des temps scolaires construisent ensemble les cadres de travail et de vie des enfants élèves.

Inutile de dire que la complémentarité entre les projets conduits par les acteurs de l’Éducation nationale et des collectivités territoriales est une nécessité pour accompagner efficacement les jeunes dans leur développement intellectuel. Certes, les temps hors temps scolaires sont le plus souvent délégués à des associations qui font l’effort de former leurs animateurs. Ces derniers n’ignorent pas que le besoin de cohérence entre le monde scolaire et les moments dits non scolaires est une nécessité pour garantir l’efficacité des investissements humains et matériels engagés.

L’équilibre nécessaire et indispensable que les enfants vivront dans les différents moments passés dans l’École, temps scolaires, temps périscolaires et extrascolaires, est dépendant des représentations que chacun a de sa propre mission.

La formation des adultes peut être alors une garantie pour un accompagnement le plus harmonieux possible du jeune dans son développement intellectuel.

Quel projet défendre vers les acteurs des temps périscolaires pour composer une complémentarité nécessaire pour le jeune élève ?

L’approche systémique proposée par l’ergonomie s’impose. Les questions à traiter ne sont donc pas uniquement « quand et quoi faire avec lui ? » mais doivent aussi permettre de trouver des réponses à l’objectif d’accompagner les enfants en adéquation avec les intentions de l’école et de la famille. Car le chemin est difficile pour que les jeunes s’approprient les valeurs citoyennes qu’ils doivent faire vivre tout au long de leur vie. Ce citoyen, adulte en devenir, doit comprendre que pour apprendre efficacement en classe il doit maîtriser certaines habiletés comme se sentir responsable, devenir autonome dans son travail, maîtriser ses émotions, garder ou retrouver une réelle confiance en lui, etc… Les animateurs devront mettre en place des activités qui vont lui permettre d’apprendre à être responsable, autonome, rigoureux tout en restant confiants dans leur capacité à suivre avec bonheur le chemin de la vie. En bref, les activités des temps périscolaires et extrascolaires doivent non seulement permettre aux jeunes de satisfaire leurs besoins fondamentaux (prendre son petit déjeuner, finir sa nuit de sommeil, ne rien faire, etc…) mais également lui permettre de consolider des compétences préalables et nécessaires à l’apprentissage scolaire (être autonome, exercer la solidarité et l’entraide, respecter les autres, maîtriser ses émotions). Elles sont une mission d’éducation primordiale. Quelle lourde mission pour les responsables de ces temps-là, animateurs ou autres…..

Sur ces bases qu’elle est la posture de l’ergonomie ?

En bref un dispositif pédagogique et/ou éducatif efficace - qu’il s’agisse de définir de nouveaux espaces, d’organiser de nouveaux temps ou de choisir un nouveau support comme des tablettes ou autres dispositifs électroniques - est un dispositif qui permet à l’enfant de respecter ses besoins fondamentaux. C’est un dispositif qui a intégré des missions éducatives donc des objectifs de compétences sociales que les temps scolaires n’ont pas toujours le temps de travailler avec les élèves. Quels espaces, temps et contenus leur offrir pour que les moments récréatifs soient éducatifs mais aussi leur permettent de faire avec efficacité leur métier d’élèves? C’est sur cette ambition que les choix doivent être faits.

Cependant, la mise en place de choix ergonomiques impose le respect de certains principes.

1 La notion de choix à risque à priori, choix contraints par des Instructions Officielles ou/et des limites budgétaires comme :

  • Des activités très exigeantes pendant les temps périscolaires
  • Parqués dans la cour avant la classe ou les cours

2 L’intérêt du compromis indispensable. Il y a toujours un bouton sur lequel on peut appuyer pour rééquilibrer une situation face à des contraintes non négociables, comme :

  • La pause en début de chaque cours ou à chaque retour en classe
  • Le moment calme après les activités périscolaires

3 l’importance du travail collectif, que cela soit dans le projet de construire un nouveau bâtiment ou autre changement, basé sur le respect des besoins des jeunes et des adultes.

Nous vous proposons d’observer les effets de deux dispositifs mis en place dans des écoles élémentaires, dispositifs dits ergonomiques car satisfaisant les besoins des élèves ou enfant

Premier dispositif : quand les élèves, au moment de la récréation, peuvent se répartir sur des espaces différents, soit aller dans la cour soit rester à l’intérieur des bâtiments, le nombre d’accidents et de conflits entre enfants diminuent de façon conséquente.

Deuxième dispositif : : quand les élèves entrent directement dans la classe, après les temps d’accueil ou d’ATP, sans repasser par la cour, l’entrée dans le travail scolaire est plus rapide. Les enseignants sont face à des groupes d’enfants calmes et disponibles pour le travail scolaire.

Remarquons que ces deux dispositifs ne coûtent rien si ce n'est que les habitudes de fonctionnement dans un établissement scolaire soient remises en cause.

Nous allons dans le deuxième point insister sur la démarche proposée par l’approche ergonomique des situations de vie et de travail, démarche déjà validée dans le cadre des situations de travail adultes que cela soit dans le monde industriel ou dans celui des services .

  • La mise en place d’un PEDT dans une communauté de communes : une base de travail possible pour tous les PEDT de France.

Un consensus s’est immédiatement mis en place pour les sept communes concernées avec leurs représentants mais aussi les personnels enseignants ainsi que les parents en s’appuyant sur les principes suivants :

  1. Tout changement doit permettre aux jeunes mais aussi aux adultes de voir leurs conditions de vie et de travail améliorées car leur équilibre au sens ergonomique du terme sera meilleur.

2 Cet objectif ne sera atteint que si tous les décideurs s’appuient sur une culture commune sur les besoins des enfants.

Sur la base de ces deux principes et avec la responsable enfance jeunesse pour l’ensemble des communes composant la communauté de communes toujours accompagnée de l’ergonome, ont été réalisés successivement :

  1. La création d’un groupe de travail avec tous les élus, les enseignants et leur hiérarchie, les représentants des parents, encadré par la personne chargée de la coordination enfance jeunesse et l’ergonome.
  2. La mise en place de plusieurs conférences sur l’approche ergonomique des conditions de vie et de travail des enfants élèves. Des rencontres qui ont rassemblé dans un premier temps tous les acteurs concernés, élus (présidents des conseils régionaux et départementaux, maires, conseillers mais aussi les responsables des affaires scolaires), les enseignants et leur hiérarchie, les parents d’élèves et le monde associatif concerné par les ATP ou autre ALAE et centres de loisirs. Puis des rencontres en sous-groupes ont permis de travailler des questions plus ponctuelles avec l’ergonome afin d’atteindre un objectif premier de construire une culture commune sur les besoins des enfants.
  3. La réalisation d’une plaquette par les sous-groupes et distribuée à tous les parents afin que chaque adulte qui accompagne l’enfant dans son développement que ce soit pendant les temps scolaires, périscolaires ou extrascolaires ait conscience que tout dispositif ne sera efficace pédagogiquement et sur le plan éducatif que s’il s’appuie sur le respect des besoins des jeunes. Ce document est accessible à tous et apporte les connaissances actuelles extraites du champ des neurosciences sur les processus impliqués dans le développement de l’enfant. Il fait une place importante aux différents besoins que le jeune doit satisfaire : sommeil nocturne, sieste diurne, repos pendant la journée, pause récupératrice mais aussi l’importance du sentiment de sécurité et de la confiance en soi, etc…

Les freins rencontrés pour la mise en place des activités pendant les temps périscolaires sont de plusieurs ordres:

  • Les moyens humains. En milieu rural très gros problème.
  • Le budget
  • Les locaux.
  • L’interprétation des Instructions Officielles.
  • Les normes en terme de construction scolaire et au regard des nuisances (voir INRS)

A l’heure actuelle les communes sont à la phase d’évaluation:

Il n’y a aucun accompagnement extérieur au système pour ces évaluations. La méthodologie d’analyse du travail telle qu’elle est développée en ergonomie n’a pas été transmise. Il est regrettable que soient pris en compte, pour évaluer les ATP et les accueils périscolaires mis en place, uniquement des éléments subjectifs auprès des adultes comme:

  • L’implication des enfants dans les activités
  • Leur fréquence de participation
  • Le caractère plus ou moins anxiogène de la pause méridienne.
  • Le comportement des élèves pendant les temps scolaires

En postulant qu’en ergonomie ce qui est généralisable à toutes les situations d’apprentissage scolaire et de vie des enfants, adolescents élèves, ce sont les connaissances sur leurs besoins fondamentaux, nous affirmons que tout changement devrait apporter une amélioration des conditions de vie et de travail des élèves, jeunes, enfants ou adolescents, c’est-à-dire améliorer le respect de leurs besoins fondamentaux et par là même ceux des enseignants, des acteurs des temps périscolaires et de tous les adultes œuvrant dans et autour de l’établissement et même des parents… Evaluer c’est analyser l’écart entre avant et après……………..

  • Il y a-t-il un modèle ailleurs qui mériterait d’être copié?

Quelques définitions :

  • Un modèle est un cadre représentatif idéalisé jugé efficace c’est-à-dire permettant d’atteindre des objectifs souhaités.
  • Modéliser, c’est extraire des éléments de connaissances et d’expériences pour servir de référence à la production d’un modèle pour réaliser un objet ou concevoir une situation.
  • Généraliser, c’est prendre en compte les éléments invariants quelle que soit la situation pour laquelle un espace doit être réalisé

Qu’est-ce qu’un espace de vie et de travail idéal pour un jeune, enfant, adolescent élève?

  • Un espace sécurisant.
  • Un espace agréable dans lequel il se sentira bien.
  • Un espace qui lui permettra de satisfaire ses besoins fondamentaux.
  • Un espace adapté au travail ou à l’activité qu’il a à faire c’est-à-dire qui lui permettra d’acquérir l’ensemble des compétences qui en feront un adulte libre et de bonnes mœurs.
  • En bref, un espace éducatif et en même temps pédagogique qui lui permettra d’avoir un développement le plus harmonieux possible.

Quelle démarche pour comprendre les besoins des jeunes, prendre en compte la commande institutionnelle et trouver le meilleur compromis possible au service de leur développement ?

  • Identifier toutes les personnes concernées par la transformation ou la conception de nouveaux espaces ou de tout autre élément constitutif de la situation des jeunes. Le danger serait d’oublier des personnes qui vont voir leurs propres conditions de travail modifiées par les choix qui vont être faits.
  • Composer un groupe de travail qui pourra entendre les souhaits de chacun.
  • Analyser l’ensemble des composantes de l’activité de chacun soit par l’observation directe (quand il s’agit de transformation) soit en allant observer une situation de référence (quand il s’agit de création).
  • Faire des plans et les faire vivre, c’est-à-dire y intégrer les activités de chacun.
  • Passer à la conception ou à la transformation

En ergonomie un bon choix est un choix qui donne de la souplesse à la situation de chacun tout en respectant son travail

Comment atteindre des objectifs d’efficacité?

Unir toutes les compétences dans une démarche participative au service d’un projet en s’appuyant sur :

  • des connaissances sur le facteur humain,
  • la notion d’activités futures probables,
  • des expériences déjà réalisées,

En acceptant l’idée que chaque situation scolaire et de vie est singulière ce qui signifie qu’un choix heureux à un endroit pourrait être inadapté ailleurs.

En bref, chaque situation d’apprentissage scolaire est unique. Chaque élève est unique, c’est un individu porteur de son histoire personnelle…… une « merveille d’intelligences »

Alors, un modèle est-il à copier ? Quels sont les invariants de la situation ?

Pas facile de modéliser et donc d’élaborer un modèle mais extraire les invariants des situations cela est possible. Il faut donc admettre que ce qui est généralisable à toutes les situations d’apprentissage scolaire ou de loisirs ce sont :

1 les connaissances sur les besoins fondamentaux des élèves ou des enfants et adolescents

2 la démarche à suivre pour la mise en place d’un nouveau dispositif ou d’un nouvel espace.

C’est sur la base des connaissances sur le facteur humain et dans le respect de la démarche d’analyse du travail développée en ergonomie que devraient être élaborés les situations d’apprentissage scolaire et les éléments qui les constituent dont les espaces d’apprentissage, d’ATP et d’ALAE.

En bref, l’ergonomie engage toute la communauté éducative à rechercher le meilleur compromis possible entre facteur humain et contraintes contextuelles - dont les temps et les espaces- pour améliorer les situations scolaires et périscolaires ainsi que les ALAE afin que tous les élèves, enfants, adolescents, deviennent des citoyens libres ( libres de choisir leur vie car possédant le bagage intellectuel nécessaire –savoirs savants, savoir-faire et savoir-être) et de bonnes mœurs (c’est-à-dire ayant compris leurs devoirs et leurs droits dans la société dans laquelle ils vivent).

Un peu d’utopie…

BIBLIOGRAPHIE

  • Delvolvé, N. (2005) Tous les élèves peuvent apprendre. Aspects psychologiques et ergonomiques des apprentissages scolaires. Ed. Hachette Education.
  • Delvolvé, N. (2010) Stop à l’échec scolaire, Ed. De Boeck.
  • Delvolvé N., (2016) A propos de la recherche, in Performances humaines et techniques, Ed. Octarés p361-368.
  • Delvolvé N., (2016) Prévenir les blessures scolaires in La revue de la santé scolaire et universitaire, n°39 p25-29
  • Delvolvé N., (2016) L’ergonomie peut-elle être au service du monde scolaire ?, sciencesconf.org :self 2016
  • Bouche G. – Les moments stratégiques pour l’accompagnement des projets en architecture in Performances humaines et techniques, Ed. Octarés, p 327-336
  • Martin C., Escouteloup J., Daniellou F. - L’ergonome et la programmation architecturale, in Performances humaines et techniques, Ed. Octarés, p346-353.
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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 21:09

Le constat est alarmant. L’école compte de plus en plus d’élèves en difficultés scolaires. Ces difficultés se transforment très vite en troubles. Déficit attentionnel, dyslexie et autres dys, hyper-kinésie. Ces comportements pourraient-ils être compris –pour certains hélas seulement– comme les conséquences d’une Ecole irrespectueuse du respect de la vitesse de développement évidemment personnelle de l’enfant ? Ces troubles pourraient–ils être prévenus ? Faut-il se contenter de démarches curatives ?

Telles sont les différentes interrogations  qui mériteraient d'être traitées

Si nous voulons trouver de nouveaux leviers pour que les jeunes soient plus heureux dans leurs parcours scolaires, que le moins d’enfants possible soient laissés sur le bord de la route des apprentissages, l’ergonomie propose l’idée qu’en premier lieu il convient de changer les représentations collectives sur l’École.

Pourquoi ne pas développer une vision  globale et une approche humaniste des situations scolaires ? Dans cette perspective, l’ergonomie  demande de comprendre l’école comme un système dans lequel tout est important : la didactique bien sûr, les modalités pédagogiques évidemment, mais aussi et au même niveau d’importance, l’aménagement des temps, la durée des séances, leur planification sur la semaine, l’aménagement des cantines et le moment des repas, de la sieste, pour les plus petits, ainsi que des contextes périscolaires et extrascolaires.  Chaque choix organisationnel, technique ou humain qui est fait devrait avoir une ambition première qui est de respecter les besoins fondamentaux des enfants, adolescents et même adultes pour qu’ils puissent réaliser  leur travail  d’élève, d’enseignant ou d’éducateur. Chaque fois que l’Ecole se transforme, « se refonde »,  il faudrait que les changements programmés permettent aux élèves d’avoir des conditions de travail améliorés. Si ce préalable n’est pas satisfait, les changements sont porteurs d’inégalité des chances renforcée et l’Ecole ne permet pas mieux qu’avant à tous les élèves de construire des compétences  pour suivre leurs chemins personnels vers la vie d’adulte qu’ils espèrent. Pire elle blesse définitivement un trop grand nombre d’enfants ou d’adolescents.

Pourquoi être dans des démarches curatives c'est-à-dire attendre que les jeunes soient des blessés de l’Ecole pour intervenir ?

Le contexte scolaire ne motive pas la mise en place de démarches curatives pour accompagner chaque enfant dans son développement personnel. Le diagnostic précoce des difficultés d’apprentissage des élèves dès la maternelle est programmé par l’Institution scolaire. Les enseignants sont invités à repérer dès le début de la scolarité les enfants en déficit attentionnel ! Paradoxe quand on sait que les jeunes enfants  sont justement en train de construire les clefs pour un développement intellectuel le plus harmonieux possible. Nous notons une tendance à la médicalisation des difficultés d’apprentissages. Pourtant la plasticité du cerveau scientifiquement démontrée ouvre des espoirs immenses sur l’idée de ne laisser aucun élève sur le bord de la route des apprentissages. Pourquoi l’école a-t-elle 40 ans de retard dans la prise en compte des connaissances développées en neurosciences ? 

 

Ainsi, s’il se dégageait l’idée que l’École ne doit plus être un lieu de  blessures mais le lieu de l’égalité des chances, le moment dans la vie du Jeune qui va lui permettre de construire les multiples compétences qui l’aideront dans sa vie future -qui ne sera pas toujours des plus faciles-, le chantier des conditions de vie et d’apprentissage des élèves s’impose.  Pas d’utopie ! L’ergonome est conscient que tous les problèmes ne seront pas résolus en améliorant les conditions de travail. Mais quel gâchis si rien n’est fait !  

 

Mots Clés : ergonomie, conditions de travail, santé, élèves.

 

Bibliographie

 

Delvolvé N. (2004), Mon enfant, cet élève. Le guide pour tous les parents, Ed. Milan.

Delvolvé N. (2005) Tous les élèves peuvent apprendre. Approches psychologiques et ergonomiques des apprentissages scolaires. Ed. Hachette Education.

Delvolvé N. (2010) Stop à l’échec scolaire. L’ergonomie au secours des élèves, Ed. De Boeck, Bruxelles .

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 20:50

Le projet de cette réflexion n’est pas de penser l’ergonomie comme un champ de savoir nouveau que les programmes scolaires doivent aborder. Notons que cet objectif a été d’actualité lors de l’accord cadre INRS - EN en 1993. Cet accord était basé sur l’idée que les élèves futurs techniciens ou opérateurs dans l’industrie et le bâtiment devaient avoir une approche ergonomique des risques au travail. Il serait intéressant de se demander quelle est la part réservée à cette compréhension des situations de travail dans la formation des enseignants de lycées techniques et professionnels à l’heure actuelle, afin qu’ils puissent apporter à leurs élèves cette approche des risques au travail. Une porte à ouvrir…

Celle que je veux ouvrir, par cette réflexion, est celle de la place qui devrait être donnée à la compétence ergonomique dans la définition des conditions de vie et de travail dans les établissements scolaires. Un inventaire bibliographique confirme le faible engagement de l’ergonomie vers les réalités de travail vécues par les élèves en France (Delvolvé, 2010, p 26-28), centrant ses études sur le poids des cartables, la conception du mobilier ou l’utilisation des nouveaux supports informationnels. Quant au travail des enseignants, tous les travaux en soulignent la complexité (Coutarel, 2015) et associent  le travail de l’enseignant à un travail d’ingénierie des savoirs (Pastré, 2008 ; Ria, 2007)). Tardif (2000) qualifie le travail des enseignants « de chaine de production » l’inscrivant dans une vision taylorienne et évoquant ainsi la parcellisation du travail  pour les enseignants ; notons qu’il en est de même pour les élèves évidemment. Le travail de l’enseignant est souvent décrit en trois étapes : 1- du contrat professionnel  2- au contrat didactique (ce que les élèves doivent apprendre) pour définir 3-les activités à mettre en place en classe. Dans ce déroulé, il est clair qu’il n’y a guère de place à  la prise en compte de l’ensemble des contraintes que chacun supporte durant le travail. L’activité de l’enseignant est, pour Amigues (2003), l’expression des régulations qu’il met en place en utilisant les moyens qui sont à sa disposition. Il écrit : « Le professeur refaçonne les moyens à sa disposition pour accroitre aussi bien l’efficacité que l’influence de l’action ». Cette approche se centre sur la façon d’enseigner et éloigne la possibilité que les prises de décision du professeur prennent en compte les aspects contextuels de la situation. Peu de  place est donnée à une approche globale des conditions de vie et de travail des uns et des autres. Mais nous savons tous que l’efficacité de l’action de l’enseignant est fonction aussi de ce qu’on fait les élèves avant son cours : s’ils arrivent de récréation, s’ils ont eu déjà deux contrôles depuis le matin mais aussi s’il n’y a pas de stores dans la classe et que les rais de soleil empêchent les élèves de voir ce qui est projeté au tableau ou si le professeur lui-même n’a pas dormi la nuit précédente, etc.

De l’observation d’une triste réalité.

Dans un premier temps, décrivons ce que l’ergonome peut observer quand, soit en tant que formateur d’enseignants, soit en tant que chercheur ou intervenant ergonome, il a la chance de voir ce que peu de personnes peuvent observer. Certes, même sans aller sur les terrains scolaires, aucun ne peut plus ignorer que la réalité des situations d’apprentissages scolaires, écoles, collèges, lycées voire universités et autres est alarmante. Enseignants épuisés, personnels administratifs enfermés dans des enjeux contradictoires, élèves en difficultés, parfois même en refus voire en rejet scolaire. Peut-on être indifférent devant cette réalité quand l’idéal de l’ergonome est la santé de l’entreprise en s’appuyant sur le respect de l’être humain au travail, que ce dernier soit acteur dans un système de production, de services, d’objets ou de développement de soi ?  

  • Observons  d’abord les conditions de travail des élèves :

-Debout à 5h30 du matin, pour arriver à l’heure au Lycée !

-Neuf heures de cours durant la journée sans aucun arrêt, pas même à l’heure du déjeuner !

-Aucun outil pour apprendre !

-Parqués, en plein hiver, dans la cour glaciale, grelottants, en attendant que les cours reprennent l’après-midi !

-Assis, une longue, très longue heure, à une table de cantine au lieu d’être au calme pour pouvoir continuer leur journée scolaire !

-Interdits de faire la sieste même en maternelle dès la moyenne section !

-Transbahutés en bus d’une école à une salle de restauration située dans un autre village, ne pouvant plus être attentifs en classe tout au long de l’après-midi !  

-Prisonniers des notes depuis que leurs parents les reçoivent – tout au moins ceux qui ont Internet à leur domicile - saisies en ligne par le professeur lui-même !

-Quinze ans et l’envie d’être ailleurs qu’à l’Ecole !

-Etc.  Etc.

C’est bien là des exemples de réalités vécues par les élèves dans beaucoup trop d’établissements scolaires. Nombreux sont les adultes qui ignorent les souffrances qui s’y vivent. Quelle illusion que de penser que tous les élèves pourraient apprendre quelles que soient les exigences imposées par les contextes d’apprentissage ! Quelle utopie que d’imaginer que les enseignants puissent atteindre les objectifs fixés par les programmes !

  • Observons maintenant les conditions de travail des enseignants. Quelques  réalités qui ont retenu mon attention :

-Ils travaillent au bruit en permanence.

-Ils subissent la parcellisation du travail. En effet, toutes les heures, des réalités différentes les attendent. Quelle entreprise pourrait maintenir sa compétitivité si toutes les heures les opérateurs devaient changer de connaissances à mobiliser, d’outils de travail, de collectifs humains, d’espaces, etc. ?

-Pire, les nouveaux enseignants ne connaissent leur lieu d’affectation que la semaine avant la rentrée sans pouvoir organiser leur vie personnelle avant de commencer leur année scolaire. Et les emplois du temps ne sont donnés à tous, anciens et nouveaux, que lors des journées de pré-rentrée, entrainant les mêmes problèmes.

-Ils n’ont pas d’espace pour préparer leurs cours tranquillement au sein de l’établissement alors que leur emploi du temps en face à face avec les élèves le leur permettrait.

-Il n’y a qu’une seule photocopieuse et c’est donc celui qui arrive plus tôt que les autres qui pourra imprimer les supports didactiques dont il a besoin pour faire son cours.

 -Ils vont se reposer dans leur voiture au moment de la pause méridienne ….

Et la liste est loin d’être exhaustive.

Cette énumération des observables, hélas, trop souvent présents dans les établissements scolaires, permet d’affirmer que l’ergonomie aurait sa place dans ces contextes de travail s’il est souhaité d’en contrôler les dysfonctionnements observés en terme de santé des individus mais aussi de santé de l’entreprise Ecole.

 

  • N’oublions pas les personnels de service et les personnels administratifs.

-Une commune était affolée parce que le personnel municipal qui fait fonctionner la cantine scolaire était très souvent absent pour fatigue nerveuse. Pas étonnant, lors d’une restructuration de la cantine scolaire, il avait été oublié que ces personnes devaient elles-aussi avoir du temps pour manger.

-9 heures de temps de travail  par jour pour des ATSEM (Agen territorial spécialisé des écoles maternelles) qui doivent sur une journée de travail dérouler les différentes activités listées par ordre chronologique : 1 - faire l’accueil des enfants avant le temps scolaire, 2 - accompagner l’enseignant durant les 3 heures de temps scolaires, 3- s’occuper de faire manger les enfants pendant la restauration de midi, 4 - les coucher à la sieste ou les garder dans la cour,  5- assister durant l’après-midi l’enseignant en classe, 6- faire en fin de journée l’entretien des locaux. On appelle cela une journée bien remplie !

 

Mais pourquoi l’ergonomie n’a-t-elle pas investi ce monde-là de travail ?

Une première réponse est liée à l’histoire même de l’Ecole. Le Ministère de l’Instruction (1828) puis le Ministère de l’Education Nationale (1932) ont exigé des établissements scolaires qu’ils soient le lieu du transfert de savoirs savants scolaires. A l’heure actuelle, c’est sur ces objectifs que les enseignants sont évalués et voient la progression de leurs salaires. L’obsession des responsables est le respect des programmes. Limiter la mission de l’école à transmettre des savoirs réduit le champ des possibles quand les uns et les autres sont en difficultés. Et ce filtre conduit vers un behaviorisme primaire encore très présent dans l’analyse du travail des enseignants et des élèves : « bon » ou « mauvais » enseignant, « bon » ou « mauvais » élève,  sont des diagnostics souvent donnés par ceux qui observent ces contextes de travail!  Gagné (1965), Bandura (1995) et d’autres sont d’accord pour souligner la multiplicité des déterminants du comportement humain, « expression de l’interrelation dialectique permanente entre le sujet et son milieu, le sujet étant porteur de son histoire personnelle » (Campan,2010). Pourquoi donc dans le contexte scolaire est-on surpris de la singularité du comportement des élèves, de leur hétérogénéité ? Ils ne seraient pas des individus ? Juste des creusets à remplir !

Une deuxième réponse se trouve dans l’idéologie  du milieu du siècle dernier qui postule que l’individu est un être essentiellement social. C’est le groupe qui compte. Les sociologues analysent à l’heure actuelle les dysfonctionnements observés dans le système scolaire par la nécessité de mettre en place des relations interpersonnelles plus pertinentes. Se basant sur cette conception de l’être humain, le courant du socioconstructivisme a alimenté depuis la moitié du siècle dernier jusqu’encore à nos jours les travaux des pédagogues et des sciences de l’éducation. Dans la littérature spécialisée, il semble que les pédagogies par groupes, les pédagogies collaboratives et les « conflits sociocognitifs » (Vygotsky, 1997) associés, permettraient aux élèves de mieux apprendre. Pourtant, comment peut-on qualifier une classe de difficile  alors que dans le groupe nommé ainsi il y a un ou des élèves en très grande souffrance souvent dans leur vie personnelle  qui s’exprime par un comportement de refus scolaire ?  En ergonomie nous savons tous que l’objet  qu’il soit pédagogique, didactique, organisationnel, spatial ou autre, ne peut à lui seul prétendre composer et maintenir l’équilibre dans lequel celui qui fait, doit être pour faire. L’obsession de l’ergonome est de trouver le meilleur équilibre possible, la meilleure adéquation possible entre le facteur humain défini par ses différentes facettes, biologiques, psychologiques, sociales, et les contraintes contextuelles. Une des très grandes erreurs de ces cinquante dernières années c’est d’avoir oublié que l’élève comme tout être humain est, avant d’être un être social, un être biologique et psychologique.

La troisième raison est le développement dangereux de démarches curatives pour traiter les problèmes rencontrés dans le monde scolaire. Le diagnostic précoce des difficultés d’apprentissage des élèves dès la maternelle est programmé par l’Institution scolaire. Les enseignants sont invités à repérer dès le début de leur scolarité, les enfants en déficit attentionnel ! Paradoxe quand on sait qu’ils sont justement en train de construire les clefs pour un développement intellectuel le plus harmonieux possible. Nous notons une tendance criminelle à la médicalisation à outrance des difficultés d’apprentissages qui sont requalifiés sans état d’âme de troubles.  Ces derniers  sont traités en dehors de l’école par des spécialistes comme psychologues, orthophonistes, voire psychiatres, etc.  Pourtant la plasticité du cerveau scientifiquement démontrée ouvre des espoirs immenses sur l’idée de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin des apprentissages. Pourquoi l’école a-t-elle 40 ans de retard dans la prise en compte des connaissances développées en neurosciences ? 

 La dernière cause que je veux mentionner -même s’il y en a peut-être d’autres-  est la difficulté à faire changer les représentations collectives sur l’Ecole. C’est l’idée que travailler c’est souffrir donc pas d’humanisme à l’Ecole  puisque ces futurs adultes que sont les élèves souffriront  plus tard dans leur future vie d’adulte. Contradiction : s’il est souhaité que l’Ecole leur apporte toutes les clefs pour avoir un avenir le plus heureux possible il faut qu’ils puissent s’en saisir. Il faut que « chaque élève apprenne avec plaisir et chaque enseignant enseigne avec bonheur » (Comenius,  XVII siècle). Pourquoi cette réflexion n’est-elle pas une évidence pour tous ?

Nous comprenons donc qu’un tel contexte idéologique explique -pour partie- les représentations des responsables du système éducatif français et de tous ceux qui y ouvrent. Il justifie les résistances à une approche globale ergonomique des conditions de vie et de travail dans les établissements scolaires. Mettre sur le même plan les programmes mais aussi les espaces, les organisations, les horaires, les outils pédagogiques, les supports didactiques, l’aménagement des temps périscolaires,…, et comprendre que tous ces éléments interagissant les uns sur les autres composent les conditions de vie et de travail dans un établissement scolaire, suppose une compréhension interactionniste du comportement humain. Pourtant l’Ecole de Palo Alto et la cybernétique (Picard, 2013) ont permis d’ouvrir de nombreuses portes pour comprendre le monde comme les lois de la physique et d’autres champs de savoirs savants ; mais, à l’Ecole, les représentations sont restées très longtemps fichées sur une compréhension linéaire du comportement humain.

 Ce point de vue permet de comprendre que, dans ce contexte de travail,  il n’y a aucune place pour une approche locale des réalités. Le pouvoir centralisateur détermine pour des contextes scolaires très différents tant sur le plan humain que sur le plan géographique, économique, social, les mêmes règles de fonctionnement. Le scandale des changements d’horaires d’été et d’hiver dans les Antilles françaises alors que sous ces latitudes, toute l’année, le jour et la nuit ont la même durée, en est un exemple frappant ! En ergonomie, l’équilibre d’une situation de travail se construit sur la recherche du meilleur compromis possible  entre les réalités locales et le respect des besoins fondamentaux des élèves (bien évidemment aussi ceux des enseignants et des autres adultes), ensemble de connaissances sur le facteur humain qui ont la caractéristique évidente suivante : elles sont généralisables à toutes les situations d’apprentissage scolaire quel que soit le niveau scolaire des élèves, quelle que soit la localisation géographique de l’établissement, quel que soit le contexte culturel et social personnel dans lequel l’élève grandit. Pourquoi donc se priver de ce corpus de connaissances ?

Que faire alors ?

Dans tous les travaux que nous avons menés dans le monde scolaire, nous avons démontré que l’approche ergonomique du travail  scolaire doit s’appuyer sur trois grands principes :

1 Premier principe : L’objectif de tout changement  devra conduire vers des conditions de vie et de travail de mieux en mieux compatibles avec les besoins fondamentaux des élèves (Delvolvé, 2005, 2010).

Tout changement doit prendre en compte la réalité vécue par les élèves afin qu’il se traduise par le respect amélioré de  leurs besoins fondamentaux.

 Par exemple :

  • Trouver des organisations pour permettre aux enfants qui en ont encore besoin de dormir pendant la pause méridienne. 
  • Mettre en place une culture commune sur le besoin de pauses pendant la journée à l’école, au collège ou au lycée.
  • Penser l’emploi du temps comme dispositif pédagogique conçu au regard du niveau de développement des enfants et de l’ambition que l’enseignant a d’atteindre ses objectifs.

2 Deuxième principe : La notion de choix à risque à priori et l’intérêt du compromis.

Comme dans toute situation de travail, il y a des contraintes non négociables qui d’évidence peuvent contrarier l’objectif d’équilibre, mettant à mal le respect des besoins fondamentaux des élèves (comme les horaires des cars de ramassage scolaire). L’ergonome doit alors analyser la situation pour comprendre sur quel bouton appuyer pour rééquilibrer une situation de travail en difficulté.

Exemple : les temps scolaires imposés par des réalités non négociables et la nécessité pour retrouver un équilibre de mettre en place des pauses. Des vraies pauses, pas les récréations telles qu’elles sont habituellement comprises et organisées car elles sont génératrices de stress qui perturbe la qualité du travail dans les classes et sont démontrées comme génératrices d’accidents).

3 L’amélioration des conditions de vie et de travail des uns ne doit pas détériorer les conditions de vie et de travail des autres.

Il serait un danger certain de ne penser l’ergonomie appliquée au monde scolaire que par rapport aux élèves ou aux adultes qui y travaillent. L’ergonome pense l’équilibre d’un système et cet équilibre nécessite que chacun élève, enseignant et les autres soient « bien » au travail.

Exemple : la gestion du bruit dans un établissement scolaire

 Enfin,  faisons un peu de prospective…

Il est évident que le numérique fait son entrée dans les situations d’apprentissage scolaire. Des classes inversées, aux MOOC (Massive Open Online Course), à l’ « adaptative learning » (programme d’activités adaptées aux profils de chaque élève), dans les décennies futures,  les situations scolaires telles qu’elles sont actuellement, avec des enseignants en présentiel  face aux élèves, auront peut-être disparues.

En attendant il est urgent d’intervenir vers les syndicats de l’Education nationale, vers les structures de formation des enseignants, vers les collectivités territoriales, vers les parents et vers les décideurs nationaux  afin que tous comprennent l’importance des conditions de vie et de travail dans les établissements scolaires comme un des déterminants de la réussite scolaire de l’Elève et de l’Ecole. Pourquoi malgré toutes les innovations conduites dans les écoles, les collèges et les lycées, a-t-on toujours des élèves en difficulté ? Comment comprendre alors que certains projets, au contraire, améliorent de façon conséquente les situations à tel point que les élèves sont transformés, que les enseignants sont moins fatigués, que les comportements de violence sont en partie maîtrisés ? Nous sommes convaincus que les effets positifs de certaines innovations  sont liés au fait qu’elles s’appuient sur une prise en compte de l’ensemble des conditions de travail des élèves en recherchant  pour tous les jeunes, un équilibre global dans leur situation d’apprentissage. C’est là le projet fondamental de l’ergonomie.

Pour ceux qui sont élèves, pour ceux qui sont professeurs, l’ergonomie ne peut être indifférente aux réalités actuelles.

Bibliographie :

Amigues R., 2003, Pour une approche ergonomique de l’activité enseignante, Skhole, hors-série 1, pp 5-16.

Bandura A., 1995, L’apprentissage social, Ed. Mardaga.

Campan R., Scapini F., 2010,  Ethologie. Approche systémique du comportement, Ed. De Boeck

Comenius J.A., La grande didactique ou l’art universel de tout enseigner à tous, trad. de Marie-Françoise Bosquet-Frigout, Dominique Saget, Bernard Jolbert, 2éme ed., Paris, Kincksieck, 2002.

Coutarel  F.,2015, Enquête sur les conditions de travail auprès des professeurs d’éducation physique et sportive et perspectives d’action, in Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé, PISTES, 17(1), pp 1-24

Delvolvé N., 2004,  Mon enfant cet élève, le guide pour tous les parents, Milan.

Delvolvé N., 2005, Tous les élèves peuvent apprendre, approche psychologique et ergonomique des apprentissages scolaires, Ed. Hachette Education.

Delvolvé N., 2010,  Stop à l’échec scolaire. L’ergonomie au secours des élèves, Ed. De Boeck.

Gagné R.M., 1965, The conditions of learning, New York, Holt, Rinehart et Winston.

Pastré P., 2011, La didactique professionnelle, PUF.

Picard D., Marc E., 2013, L’école de Palo Alto, Que sais-je ?, PUF, Paris.

Ria L., 2015, Former les enseignants au XXIème siècle, Ed. De Boeck.

Tardif M., Lessard  C., 2000, Le travail des enseignants au quotidien, Ed. De Boeck

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 13:51

Les indicateurs qui révèlent le niveau des élèves en fin de scolarité obligatoire sont au rouge.

Quelle en est la cause ou quelles en sont les causes?

Il faudrait arrêter de penser faute humaine (faute des enseignants, faute des parents, faute des élèves) pour analyser les dysfonctionnements mais comprendre qu'ils sont le résultat d'un système ergonomiquement indéfendable.

L'ergonomie est toujours à la recherche d'un réel équilibre, d'une réelle compatibilité, entre le sujet au travail - les élèves, par exemple- et les contraintes qui lui sont imposées. Il y a-t-il un seul choix qui soit fait dans cet objectif d'équilibre c'est à dire un choix qui permettrait à chaque élève de respecter mieux qu'avant ses besoins fondamentaux?

Exemple: pensez-vous que le fait de demander à chaque élève de collège ou de lycée de changer toutes les heures de lieu, de connaissances à mobiliser, de pratiques différentes, et etc .... soit d'une réelle efficacité pour qu'il reste mobilisé, concentré sur les tâches qui lui sont demandées de faire? Cette réalité devrait normalement alerter toute la communauté éducative au nom de la réussite pour tous.

Mais l'endroit où notre école est vraiment malade et participe à une dégradation des acquis scolaires en fin de parcours obligatoire, se situe dans les premières années de scolarité. La normalisation du developpement de l'enfant alors que chacun grandit à sa propre vitesse, la médicalisation à outrance dès qu'il montre des difficultés à apprendre alors que c'est tellement normal..., toutes ces attitudes condamnent l'enfant à aller vers l'échec scolaire. Pas tous mais un nombre suffisamment conséquent pour normalement alerter toute la communauté éducative.

A la place, on alourdit les programmes et on retrécit le temps scolaire !!!

Pas étonnant alors que le niveau baisse. Il y a peu d'espoir d'amélioration car les réformes actuelles pénalisent les élèves qui voient leurs conditions de vie et de travail se détériorer. La compétence ergonomique n'est pas présente dans les instances de décision.

Pas une entreprise ne pourrait survivre ne prenant ce chemin

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Présentation

  • : Nicole Delvolve
  • Nicole Delvolve
  • : Nicole Delvolvé était enseignant chercheur à l'Université de Toulouse.Ell e est spécialiste en ergonomie et participe à l'aménagement des meilleures conditions de travail possible dans les établissements scolaires pour la réussite de tous.nicole.delvolve@orange.fr
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