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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 20:40

Trois axes seront développés sous cet intitulé :

  • Les espaces, temps et contenus récréatifs, le point de vue de l’ergonomie
  • Un exemple de mise en place d’un PEDT dans une communauté de communes
  • Existe-t-il un modèle ailleurs qui mériterait d’être copié ? la réponse de l’ergonomie.

En préambule il convient de préciser que les problématiques annoncées vont être abordées dans le cadre de l’approche ergonomique des situations de vie et de travail des jeunes scolarisés. Elles interrogent à la fois les choix au niveau des espaces mais aussi des moments et durées et évidemment aussi au niveau du contenu des activités qui sont proposées aux enfants et adolescents dans le cadre de leurs journées au sein des établissements scolaires.

  • Les espaces, temps et contenus récréatifs, le point de vue de l’ergonomie

Commençons par une courte définition de l’ergonomie : L’ergonomie, spécialité de la psychologie, propose une approche globale des conditions de vie et d’apprentissages supportées par les jeunes, approche globale dans laquelle elle essaie d’identifier les facteurs perturbateurs de l’équilibre dans lequel le jeune doit être afin qu’il comprenne et apprenne le monde qui l’entoure.

L’ergonomie, science de cet équilibre si difficile à trouver car très instable, entre l’individu et son milieu.

L’ergonomie, science du compromis, qui tente de comprendre sur quels éléments il est possible d’agir pour que le jeune soit en équilibre dans son monde scolaire et de vie afin qu’il ait un développement le plus harmonieux possible.

Et devant les conditions de vie et en particulier les conditions d’apprentissages scolaires élaborés sur d’autres enjeux que le respect des besoins fondamentaux des élèves, il est normal qu’ils expriment énervement, lassitude, difficultés attentionnelles, voire rejet scolaire.

Cependant grâce à des initiatives locales, dans l’élaboration des choix de vie et de travail en concertation entre tous les adultes qui accompagnent le jeune, il semble possible de prévenir ces comportements perturbateurs…..encore faut-il que chacun comprenne que c’est sur la base d’une culture commune sur les besoins des jeunes que les adultes leur offriront un cadre de vie qui leur permettra d’être éduquer et instruit, objectif qui justifie la complémentarité entre temps scolaires, périscolaires et extrascolaires.

Qui est ce jeune ? Qu’est-ce que le cadre de vie et de travail doit lui apporter pour qu’il aille vers sa vie d’adulte en ayant toutes les clefs pour la réussir à l’aune de ses ambitions ?

La réponse est évidente : il faut que le jeune puisse avoir une qualité de vie personnelle adaptée aux exigences de son travail, qu’il ait une représentation toujours positive de ses capacités à réussir, qu’il comprenne où il va et pourquoi et enfin qu’on lui ait donné des outils pour apprendre. Et les temps, les espaces, les contenus d’activités périscolaires dits éducatifs doivent avoir l’ambition de se situer dans ce projet global au service des jeunes.

Intéressons-nous maintenant aux temps dits récréatifs. Qui sont-ils et qu’elle en est la finalité ?

L'accueil le matin avant le temps scolaire pour se préparer à être élève : finir sa nuit de sommeil pour les plus jeunes, prendre sa collation du matin pour tous ceux qui ne l'ont pas eue à la maison, avancer son travail scolaire pour ceux qui le demandent, ne rien faire ou s'engager dans des jeux ni bruyants ni énervants..

La récréation du milieu de la matinée et de l'après midi pour reconstituer des ressources pour continuer sa journée de travail.

La pause méridienne pour manger, se reposer,avoir du temps personnel et des activités qui préserveront ses ressources pour l'après midi

L'accueil de fin des temps scolaires pour finir sa journée de travail et s'investir dans des activités de plaisir.

Tous ces moments périscolaires et scolaires pendant une journée de classe doivent offrir aux jeunes des réalités de lieux, d’espaces, de contenus, de durées, d’exigences tant motrices qu’attentionnelles et cognitives, en accord avec les autres temps, c'est-à-dire faciliter, aider, accompagner leur travail scolaire.

Construire les temps périscolaires en comprenant qu’ils sont là pour aider le jeune à faire son métier d’élève est une nécessité, affirmation qui justifie même leur présence dans la journée de l’enfant et/ou de l’adolescent. Cet objectif ne sera atteint que si les acteurs des temps périscolaires et ceux des temps scolaires construisent ensemble les cadres de travail et de vie des enfants élèves.

Inutile de dire que la complémentarité entre les projets conduits par les acteurs de l’Éducation nationale et des collectivités territoriales est une nécessité pour accompagner efficacement les jeunes dans leur développement intellectuel. Certes, les temps hors temps scolaires sont le plus souvent délégués à des associations qui font l’effort de former leurs animateurs. Ces derniers n’ignorent pas que le besoin de cohérence entre le monde scolaire et les moments dits non scolaires est une nécessité pour garantir l’efficacité des investissements humains et matériels engagés.

L’équilibre nécessaire et indispensable que les enfants vivront dans les différents moments passés dans l’École, temps scolaires, temps périscolaires et extrascolaires, est dépendant des représentations que chacun a de sa propre mission.

La formation des adultes peut être alors une garantie pour un accompagnement le plus harmonieux possible du jeune dans son développement intellectuel.

Quel projet défendre vers les acteurs des temps périscolaires pour composer une complémentarité nécessaire pour le jeune élève ?

L’approche systémique proposée par l’ergonomie s’impose. Les questions à traiter ne sont donc pas uniquement « quand et quoi faire avec lui ? » mais doivent aussi permettre de trouver des réponses à l’objectif d’accompagner les enfants en adéquation avec les intentions de l’école et de la famille. Car le chemin est difficile pour que les jeunes s’approprient les valeurs citoyennes qu’ils doivent faire vivre tout au long de leur vie. Ce citoyen, adulte en devenir, doit comprendre que pour apprendre efficacement en classe il doit maîtriser certaines habiletés comme se sentir responsable, devenir autonome dans son travail, maîtriser ses émotions, garder ou retrouver une réelle confiance en lui, etc… Les animateurs devront mettre en place des activités qui vont lui permettre d’apprendre à être responsable, autonome, rigoureux tout en restant confiants dans leur capacité à suivre avec bonheur le chemin de la vie. En bref, les activités des temps périscolaires et extrascolaires doivent non seulement permettre aux jeunes de satisfaire leurs besoins fondamentaux (prendre son petit déjeuner, finir sa nuit de sommeil, ne rien faire, etc…) mais également lui permettre de consolider des compétences préalables et nécessaires à l’apprentissage scolaire (être autonome, exercer la solidarité et l’entraide, respecter les autres, maîtriser ses émotions). Elles sont une mission d’éducation primordiale. Quelle lourde mission pour les responsables de ces temps-là, animateurs ou autres…..

Sur ces bases qu’elle est la posture de l’ergonomie ?

En bref un dispositif pédagogique et/ou éducatif efficace - qu’il s’agisse de définir de nouveaux espaces, d’organiser de nouveaux temps ou de choisir un nouveau support comme des tablettes ou autres dispositifs électroniques - est un dispositif qui permet à l’enfant de respecter ses besoins fondamentaux. C’est un dispositif qui a intégré des missions éducatives donc des objectifs de compétences sociales que les temps scolaires n’ont pas toujours le temps de travailler avec les élèves. Quels espaces, temps et contenus leur offrir pour que les moments récréatifs soient éducatifs mais aussi leur permettent de faire avec efficacité leur métier d’élèves? C’est sur cette ambition que les choix doivent être faits.

Cependant, la mise en place de choix ergonomiques impose le respect de certains principes.

1 La notion de choix à risque à priori, choix contraints par des Instructions Officielles ou/et des limites budgétaires comme :

  • Des activités très exigeantes pendant les temps périscolaires
  • Parqués dans la cour avant la classe ou les cours

2 L’intérêt du compromis indispensable. Il y a toujours un bouton sur lequel on peut appuyer pour rééquilibrer une situation face à des contraintes non négociables, comme :

  • La pause en début de chaque cours ou à chaque retour en classe
  • Le moment calme après les activités périscolaires

3 l’importance du travail collectif, que cela soit dans le projet de construire un nouveau bâtiment ou autre changement, basé sur le respect des besoins des jeunes et des adultes.

Nous vous proposons d’observer les effets de deux dispositifs mis en place dans des écoles élémentaires, dispositifs dits ergonomiques car satisfaisant les besoins des élèves ou enfant

Premier dispositif : quand les élèves, au moment de la récréation, peuvent se répartir sur des espaces différents, soit aller dans la cour soit rester à l’intérieur des bâtiments, le nombre d’accidents et de conflits entre enfants diminuent de façon conséquente.

Deuxième dispositif : : quand les élèves entrent directement dans la classe, après les temps d’accueil ou d’ATP, sans repasser par la cour, l’entrée dans le travail scolaire est plus rapide. Les enseignants sont face à des groupes d’enfants calmes et disponibles pour le travail scolaire.

Remarquons que ces deux dispositifs ne coûtent rien si ce n'est que les habitudes de fonctionnement dans un établissement scolaire soient remises en cause.

Nous allons dans le deuxième point insister sur la démarche proposée par l’approche ergonomique des situations de vie et de travail, démarche déjà validée dans le cadre des situations de travail adultes que cela soit dans le monde industriel ou dans celui des services .

  • La mise en place d’un PEDT dans une communauté de communes : une base de travail possible pour tous les PEDT de France.

Un consensus s’est immédiatement mis en place pour les sept communes concernées avec leurs représentants mais aussi les personnels enseignants ainsi que les parents en s’appuyant sur les principes suivants :

  1. Tout changement doit permettre aux jeunes mais aussi aux adultes de voir leurs conditions de vie et de travail améliorées car leur équilibre au sens ergonomique du terme sera meilleur.

2 Cet objectif ne sera atteint que si tous les décideurs s’appuient sur une culture commune sur les besoins des enfants.

Sur la base de ces deux principes et avec la responsable enfance jeunesse pour l’ensemble des communes composant la communauté de communes toujours accompagnée de l’ergonome, ont été réalisés successivement :

  1. La création d’un groupe de travail avec tous les élus, les enseignants et leur hiérarchie, les représentants des parents, encadré par la personne chargée de la coordination enfance jeunesse et l’ergonome.
  2. La mise en place de plusieurs conférences sur l’approche ergonomique des conditions de vie et de travail des enfants élèves. Des rencontres qui ont rassemblé dans un premier temps tous les acteurs concernés, élus (présidents des conseils régionaux et départementaux, maires, conseillers mais aussi les responsables des affaires scolaires), les enseignants et leur hiérarchie, les parents d’élèves et le monde associatif concerné par les ATP ou autre ALAE et centres de loisirs. Puis des rencontres en sous-groupes ont permis de travailler des questions plus ponctuelles avec l’ergonome afin d’atteindre un objectif premier de construire une culture commune sur les besoins des enfants.
  3. La réalisation d’une plaquette par les sous-groupes et distribuée à tous les parents afin que chaque adulte qui accompagne l’enfant dans son développement que ce soit pendant les temps scolaires, périscolaires ou extrascolaires ait conscience que tout dispositif ne sera efficace pédagogiquement et sur le plan éducatif que s’il s’appuie sur le respect des besoins des jeunes. Ce document est accessible à tous et apporte les connaissances actuelles extraites du champ des neurosciences sur les processus impliqués dans le développement de l’enfant. Il fait une place importante aux différents besoins que le jeune doit satisfaire : sommeil nocturne, sieste diurne, repos pendant la journée, pause récupératrice mais aussi l’importance du sentiment de sécurité et de la confiance en soi, etc…

Les freins rencontrés pour la mise en place des activités pendant les temps périscolaires sont de plusieurs ordres:

  • Les moyens humains. En milieu rural très gros problème.
  • Le budget
  • Les locaux.
  • L’interprétation des Instructions Officielles.
  • Les normes en terme de construction scolaire et au regard des nuisances (voir INRS)

A l’heure actuelle les communes sont à la phase d’évaluation:

Il n’y a aucun accompagnement extérieur au système pour ces évaluations. La méthodologie d’analyse du travail telle qu’elle est développée en ergonomie n’a pas été transmise. Il est regrettable que soient pris en compte, pour évaluer les ATP et les accueils périscolaires mis en place, uniquement des éléments subjectifs auprès des adultes comme:

  • L’implication des enfants dans les activités
  • Leur fréquence de participation
  • Le caractère plus ou moins anxiogène de la pause méridienne.
  • Le comportement des élèves pendant les temps scolaires

En postulant qu’en ergonomie ce qui est généralisable à toutes les situations d’apprentissage scolaire et de vie des enfants, adolescents élèves, ce sont les connaissances sur leurs besoins fondamentaux, nous affirmons que tout changement devrait apporter une amélioration des conditions de vie et de travail des élèves, jeunes, enfants ou adolescents, c’est-à-dire améliorer le respect de leurs besoins fondamentaux et par là même ceux des enseignants, des acteurs des temps périscolaires et de tous les adultes œuvrant dans et autour de l’établissement et même des parents… Evaluer c’est analyser l’écart entre avant et après……………..

  • Il y a-t-il un modèle ailleurs qui mériterait d’être copié?

Quelques définitions :

  • Un modèle est un cadre représentatif idéalisé jugé efficace c’est-à-dire permettant d’atteindre des objectifs souhaités.
  • Modéliser, c’est extraire des éléments de connaissances et d’expériences pour servir de référence à la production d’un modèle pour réaliser un objet ou concevoir une situation.
  • Généraliser, c’est prendre en compte les éléments invariants quelle que soit la situation pour laquelle un espace doit être réalisé

Qu’est-ce qu’un espace de vie et de travail idéal pour un jeune, enfant, adolescent élève?

  • Un espace sécurisant.
  • Un espace agréable dans lequel il se sentira bien.
  • Un espace qui lui permettra de satisfaire ses besoins fondamentaux.
  • Un espace adapté au travail ou à l’activité qu’il a à faire c’est-à-dire qui lui permettra d’acquérir l’ensemble des compétences qui en feront un adulte libre et de bonnes mœurs.
  • En bref, un espace éducatif et en même temps pédagogique qui lui permettra d’avoir un développement le plus harmonieux possible.

Quelle démarche pour comprendre les besoins des jeunes, prendre en compte la commande institutionnelle et trouver le meilleur compromis possible au service de leur développement ?

  • Identifier toutes les personnes concernées par la transformation ou la conception de nouveaux espaces ou de tout autre élément constitutif de la situation des jeunes. Le danger serait d’oublier des personnes qui vont voir leurs propres conditions de travail modifiées par les choix qui vont être faits.
  • Composer un groupe de travail qui pourra entendre les souhaits de chacun.
  • Analyser l’ensemble des composantes de l’activité de chacun soit par l’observation directe (quand il s’agit de transformation) soit en allant observer une situation de référence (quand il s’agit de création).
  • Faire des plans et les faire vivre, c’est-à-dire y intégrer les activités de chacun.
  • Passer à la conception ou à la transformation

En ergonomie un bon choix est un choix qui donne de la souplesse à la situation de chacun tout en respectant son travail

Comment atteindre des objectifs d’efficacité?

Unir toutes les compétences dans une démarche participative au service d’un projet en s’appuyant sur :

  • des connaissances sur le facteur humain,
  • la notion d’activités futures probables,
  • des expériences déjà réalisées,

En acceptant l’idée que chaque situation scolaire et de vie est singulière ce qui signifie qu’un choix heureux à un endroit pourrait être inadapté ailleurs.

En bref, chaque situation d’apprentissage scolaire est unique. Chaque élève est unique, c’est un individu porteur de son histoire personnelle…… une « merveille d’intelligences »

Alors, un modèle est-il à copier ? Quels sont les invariants de la situation ?

Pas facile de modéliser et donc d’élaborer un modèle mais extraire les invariants des situations cela est possible. Il faut donc admettre que ce qui est généralisable à toutes les situations d’apprentissage scolaire ou de loisirs ce sont :

1 les connaissances sur les besoins fondamentaux des élèves ou des enfants et adolescents

2 la démarche à suivre pour la mise en place d’un nouveau dispositif ou d’un nouvel espace.

C’est sur la base des connaissances sur le facteur humain et dans le respect de la démarche d’analyse du travail développée en ergonomie que devraient être élaborés les situations d’apprentissage scolaire et les éléments qui les constituent dont les espaces d’apprentissage, d’ATP et d’ALAE.

En bref, l’ergonomie engage toute la communauté éducative à rechercher le meilleur compromis possible entre facteur humain et contraintes contextuelles - dont les temps et les espaces- pour améliorer les situations scolaires et périscolaires ainsi que les ALAE afin que tous les élèves, enfants, adolescents, deviennent des citoyens libres ( libres de choisir leur vie car possédant le bagage intellectuel nécessaire –savoirs savants, savoir-faire et savoir-être) et de bonnes mœurs (c’est-à-dire ayant compris leurs devoirs et leurs droits dans la société dans laquelle ils vivent).

Un peu d’utopie…

BIBLIOGRAPHIE

  • Delvolvé, N. (2005) Tous les élèves peuvent apprendre. Aspects psychologiques et ergonomiques des apprentissages scolaires. Ed. Hachette Education.
  • Delvolvé, N. (2010) Stop à l’échec scolaire, Ed. De Boeck.
  • Delvolvé N., (2016) A propos de la recherche, in Performances humaines et techniques, Ed. Octarés p361-368.
  • Delvolvé N., (2016) Prévenir les blessures scolaires in La revue de la santé scolaire et universitaire, n°39 p25-29
  • Delvolvé N., (2016) L’ergonomie peut-elle être au service du monde scolaire ?, sciencesconf.org :self 2016
  • Bouche G. – Les moments stratégiques pour l’accompagnement des projets en architecture in Performances humaines et techniques, Ed. Octarés, p 327-336
  • Martin C., Escouteloup J., Daniellou F. - L’ergonome et la programmation architecturale, in Performances humaines et techniques, Ed. Octarés, p346-353.

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